Le chauffage représente 66% des consommations d’énergie dans l’habitat (1). Avec près de 130€ par mois, c’est le premier poste de charges du logement!

Pour l’eau ou l’électricité, des systèmes de comptage précis et des actions concrètes existent (éteindre la lumière en quittant une pièce, utiliser des mousseurs sur les robinets…). Mais en chauffage collectif, les usagers n’ont aucun moyen significatif de réduire leur facture de chauffage.

Ils se trouvent en quelque sorte tenus à l’écart et empêchés d’agir, les réglages étant pilotés depuis la chaufferie par un exploitant.

Payer ce que l’on consomme réellement fait pourtant sens aujourd’hui. Des changements de mentalités s’opèrent, et les usagers reprennent petit à petit la main sur leur consommation de chauffage. 

 

Sur les chiffres :

La Directive Européenne 2012/27 relative à l’efficacité énergétique, ciblait une diminution de consommation de l’énergie primaire de 20% entre 2010 et 2020. Dans cette logique, elle a introduit l’Individualisation des Frais de Chauffage (IFC) pour responsabiliser les usagers sur leurs consommations de chauffage. 

Entre pro et anti, l’année 2016 marquée par l’obligation de mise en œuvre de l’IFC (décret et arrêté du 30 mai 2016) a fait naître une guerre des chiffres (2). L’ADEME annonce pour sa part 15% d’économies pour les usagers (3).

Sans considération de la hausse des coûts de l’énergie, l’économie moyenne serait donc de 1 200€ (800€ de frais de chauffage/an/logement en collectif). Ce montant est loin d’être négligeable.

Toutefois de façon étonnante,  le taux d’équipement actuel n’est estimé qu’à 20% seulement. Pour déroger à l’obligation d’individualiser les frais de chauffage, les propriétaires doivent pourtant rapporter la preuve d’une absence de rentabilité sur 10 ans.

D’où la question: l’individualisation des frais de chauffage permet-elle de réelles économies ?

Les facteurs de réussite d’un projet d’individualisation sont de deux ordres: technique d’une part et sociologique d’autre part.

 

Sur les solutions techniques: 

La température de chaque pièce devant être régulée, chaque radiateur doit être équipé d’un robinet thermostatique. L’usager peut ainsi ajuster la température de chaque pièce suivant son agenda, et générer des premières économies. 

La qualité de l’eau doit être irréprochable, ce qui nécessite un désembouage récent des installations. Sinon, la circulation de l’eau dans les appareils de chauffage est limitée et les robinets thermostatiques inutilisables. 

Il existe historiquement deux technologies pour déterminer la quantité de chaleur.

  • Les compteurs d’énergie thermique, adaptés aux immeubles disposant d’une distribution horizontale. Leur pose nécessite cependant des travaux de plomberie et les compteurs à hélice peuvent se dégrader par les boues présentes dans le réseau.
  • Les répartiteurs de frais de chauffage fixés sur les radiateurs, adaptés aux distributions verticales. La fiabilité de ces appareils est largement décriée.

Une approche innovante consiste à mesurer en continu la température ambiante dans le logement, et à calculer les déperditions de chaleur d’après la géométrie du bâtiment, son isolation et la météo. Sans travaux de plomberie, quel que soit le type de distribution, cette technologie a prouvé sa fiabilité. Elle constitue un répartiteur de frais de chauffage de nouvelle génération.

Autre levier technique important, les réglages de la chaufferie. Via la courbe de chauffe (également appelée  “loi d’eau”) et l’optimisation des relances, il est possible d’économiser les ressources en tenant compte de paramètres liés à la résidence et aux conditions météorologiques.

Aspects sociologiques :    

En chauffage collectif, les habitants n’ont souvent pas de robinets thermostatiques et ils n’ont jamais la main sur la chaufferie. Ils ne peuvent donc pas moduler leur propre confort, ce qui constitue en soi un facteur psychologique d’inconfort.

Or les besoins varient d’un ménage à l’autre. Les personnes âgées et les enfants en bas âge ont besoin d’une température plus élevée. Certains ménages ont trop chaud ou souhaiteraient payer moins. D’autres se plaignent du froid, voire installent de coûteux chauffages d’appoint.

Il faut donc donner à chacun la possibilité technique de réguler son confort. Mais ne nous faisons pas d’illusion. Sans impact sur la facture, personne ne prendra la peine de réguler soigneusement ses radiateurs à la baisse.

L’installation des robinets thermostatiques doit donc s’accompagner d’une transformation du mode de facturation.

Voilà la vraie promesse de l’IFC:

  • chacun peut moduler son confort à sa convenance;
  • chacun sait qu’en chauffant à 21°C avec les fenêtres ouvertes, il payera plus qu’en chauffant à 19°C avec les fenêtres fermées.

Globalement cela conduit à un meilleur confort (moins de réclamations) et à des économies.

Facteurs de succès de l’Individualisation des Frais de Chauffage

Pour qu’un projet d’Individualisation des Frais de Chauffage réussisse, il est donc primordial que les usagers:

  1. Comprennent comment ils peuvent en pratique réguler le chauffage;
  2. Soient conscients de l’impact de leurs actions, c’est-à-dire concrètement qu’ils sachent combien d’euros ils peuvent économiser.

L’approche pédagogique des bailleurs / syndics vers les usagers devient stratégique. Une fois le robinet thermostatique installé, il faut aider les utilisateurs à prendre les bons réflexes (« je ferme mes robinets lorsque j’ouvre la fenêtre ou lorsque je pars en week-end » par exemple).

Il faut également fournir les éléments de compréhension des économies et des gaspillages réalisés (« telle bonne habitude représente une économie de 15€/mois »).

En synthèse de son étude sociologique, l’ADEME insiste sur la nécessité de “donner les moyens aux usagers de mieux s’informer, en amont puis en suivi après installation. Cette information devrait se faire sur la base de données fiables, claires, fréquentes et parlantes pour les cibles. Elle concerne notamment les aspects technico-économiques, les relevés/suivi de consommation et les bonnes pratiques. Les relevés doivent être plus fréquents et permettre au ménage de comparer ses efforts dans le temps et vis-à-vis des autres ménages.

La législation impose un relevé mensuel de l’énergie consommée pour chaque logement à compter de janvier 2022 (4). C’est un progrès par rapport à l’unique relevé annuel au moment de la régularisation des charges. 

Avec les compteurs, l’information est exprimée en kWh, une unité obscure pour la plupart des gens (et même pour certains thermiciens, avouons-le). Avec les répartiteurs fixés sur les radiateurs c’est encore plus compliqué: il est question “d’Unités de Chaleur”.

Difficile pour les usagers de prédire les dépenses!

Le chauffage est encore un sujet technique sur lequel beaucoup d’usagers se décrètent incompétents. Si l’on veut réellement diminuer la consommation, le sujet doit être vulgarisé, dans le meilleur sens du terme.

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Sources:

(1)  Chiffres clés de l’énergie 2020, Ministère de la Transition Écologique

(2) L’Association des Responsables de Copropriétés (ARC) estimait à 10% les économies de chauffage réalisables au moyen de l’IFC, alors que les industriels avançaient un chiffre de 35%, et qu’une étude de la Danish Energy Agency tablait sur 1 à 3%.

(3) Étude ADEME ‘Individualisation des frais de chauffage dans les logements collectifs »

(4)  Art R 241-14 1 du Code de l’Énergie: Dans les immeubles munis des appareils prévus aux articles R 241-7 et R 241-8 lorsque ceux ci sont télé-relevables, l’évaluation de la consommation de chaleur est transmise mensuellement à partir du 1er janvier 2022.